ÉCONOMIE LOCALE

 

Monde d’après : l’ESS, un mouvement à accompagner

28/07/2020 | par Emmanuel Cattiau, Marjolaine Koch | Actualités

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Elles affichent un principe de solidarité et d’utilité sociale : les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont d’excellents alliés sur le terrain. Contribuer à leur développement ne peut qu’être bénéfique à son environnement direct et, par ricochet, à la collectivité.

«L’économie sociale ou économie sociale et solidaire (ESS) désigne la branche de l’économie regroupant les entreprises et les organisations (coopératives, OBNL, associations, mutuelles ou fondations) qui cherchent à concilier activité économique et équité sociale. Du commerce équitable à l’épargne solidaire, en passant par les innovations sociales dans le champ de la protection de l’environnement, de la lutte contre l’exclusion, de la santé ou de l’égalité des chances, l’ESS apporte une réponse à de nombreux enjeux de société contemporains » (1).

 

Une visée politique

Dans cette définition « wikipédienne » (on garde la cohérence rédactionnelle de ce dossier), l’ESS est présentée comme une branche de l’économie. Mais n’est-ce pas une erreur d’appréciation ?

En effet, cette branche « se définit d’une façon politique, comme l’ensemble des activités de production, d’échange, d’épargne et de consommation contribuant à la démocratisation de l’économie à partir d’engagements citoyens ». Le site economie.gouv.fr précise bien que les entreprises de l’ESS organisées sous différentes formes juridiques mettent en œuvre un principe de solidarité et d’utilité sociale.

 

Cette « branche » représente 2,4 millions de salariés, soit 14 % de l’emploi salarié privé

 

Cette « branche » représente 2,4 millions de salariés, soit 14 % de l’emploi salarié privé et les entreprises de l’ESS ont créé 71 100 emplois entre 2010 et 2018 (2). L’une des natures juridiques des entreprises de l’ESS, les sociétés coopératives ouvrières de production (Scop), vient battre en brèche les représentations erronées et restrictives de l’activité de cet entreprenariat social et solidaire.

 

Des entreprises citoyennes

Bâtiment, construction, énergie, transport, mécanique générale, électromécanique, formation, transformation, artisanat, art, industrie, mobilier, architecture, coopérative d’activité et d’emploi, métrologie, chantier naval, distribution, commerce, laboratoire, presse (un clin d’œil au Courrier picard géré en Scop)… la liste des sociétés coopératives ouvrières de production pour l’année 2019, publiée sur Legifrance et classée par département, nous montre qu’aucun secteur d’activité n’échappe à cette modalité d’organisation d’une entreprise.

 

L’ESS, sous tous ses aspects juridiques, est probablement l’une des plus grandes expérimentations du 20e siècle

 

« Une personne, une voix ». C’est probablement ce qui rapproche le plus les entreprises de l’économie sociale et solidaire de la notion de citoyenneté chère à nos démocraties, et le profit partagé est le signe d’une bonne gestion de ces entreprises à la gouvernance particulière basée sur des idéaux anticapitalistes. Mais il semble qu’en cette nouvelle crise sanitaire et économique, il faille encore faire évoluer notre vision de l’ESS.

 

Deux questions à Jérôme Saddier, président d’ESS France et de l’Avise, Agence d’ingénierie dédiée au développement de l’ESS
Qu’apporte l’ESS comme solution aux défis sociétaux que nous devons relever ?
Par son ancrage territorial et sa dynamique citoyenne, l’ESS apporte des solutions à la crise du lien social autant qu’à la nécessité de créer de nouvelles activités économiques proches des besoins et riches en emplois : solutions de mobilités, production d’énergies renouvelables grâce aux coopératives citoyennes, initiatives en économie circulaire. À l’heure où il faut repenser nos façons de vivre ensemble sur les territoires, elle permet aussi de se réapproprier les logiques foncières : reconversions agricoles en bio dans une optique d’autosuffisance alimentaire, redynamisation des centres bourgs, création de foncières solidaires pour installer des activités d’utilité sociale au pied des immeubles…

Quelles actions peuvent mener élus et cadres territoriaux pour accompagner le développement de l’ESS ?
La commande publique est un outil stratégique insuffisamment utilisé. Les directives en matière d’achat socialement responsable sont déjà favorables à l’ESS, mais les pratiques demeurent assez conformistes. C’est pourtant un moyen efficace pour relocaliser et déployer des activités de l’ESS sur un territoire. Le « modèle de Preston » en Grande-Bretagne a montré la puissance de cet outil de politique publique au service d’une économie locale. Ensuite, il s’agit de soutenir la création et le développement d’écosystèmes locaux qui leur soient favorables. De plus en plus de collectivités territoriales soutiennent les acteurs locaux et leurs écosystèmes, malgré le frein de la compétence exclusive à la région. La libération des initiatives de soutien à l’ESS pourrait créer un changement d’échelle de leur activité.

 

Des emplois solidaires

Laurent Berger et Louis Gallois le formulent ainsi dans une tribune publiée dans Le Monde du 8 juillet dernier : « Le chômage de longue durée est massif depuis vingt-cinq ans en France. Il touche près de 2,5 millions de nos concitoyens. C’est la gangrène du corps social ; il débouche sur la pauvreté ; taraude les familles ; engendre la désespérance ; il est au fondement du pessimisme et de la défiance des Français. » Et d’ajouter : « L’emploi solidaire apporte une solution au chômage de longue durée pour au moins trois raisons. Situées sur des créneaux relativement peu exposés à la concurrence internationale directe, régies par des règles de gouvernance et de financement spécifiques, les structures solidaires n’ont pas les mêmes contraintes de compétitivité, de rentabilité et de productivité que l’économie marchande. Elles peuvent donc privilégier la création d’emplois » (3). Créer de la richesse et créer des emplois solidaires, l’ESS, sous tous ses aspects juridiques, est probablement l’une des grandes expérimentations du 20e siècle qui a un avenir pour ce monde de demain à construire.

 

 

 

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