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Monde d’après : la ville résiliente sera verte

27/07/2020 | par Marjolaine Koch, Emmanuel Cattiau | Actualités

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La ville a besoin de se mettre au vert. La ville a besoin d’évoluer, de repenser ses aménagements. Pour y parvenir sans casser la tirelire – désespérément vide – misons sur des actions légères et adaptables qui redonnent vie et verdissent nos cœurs de ville. Un dossier d'Emmanuel Cattiau et Marjolaine Koch.

Le fait urbain est majeur et vient bouleverser le rapport des humains à leur environnement et à la nature. Selon la Banque mondiale, 33 % des humains habitaient en zone urbaine en 1960, ils étaient près de 56 % en 2019. Ce fait majeur ne concerne bien sûr pas que les « gens des villes » mais aussi les « gens des campagnes » car l’interdépendance, si elle peut être masquée, est aujourd’hui vitale.

 

Un modèle agricole plus résilient…

Pour exemple, l’Ile-de-France, région à 50 % agricole, ne dispose que de quelques jours d’autonomie alimentaire. « Dans sa production, l’Ile-de-France est autonome à 26 % pour les pommes de terre, 0,5 % pour la viande, 10 % pour les légumes frais, 1,5 % pour les fruits (à l’exception des pommes 5,5 %), 1 % pour le lait, 12 % pour les œufs » (1).

 

L’Ile-de-France, région à 50 % agricole, ne dispose que de quelques jours d’autonomie alimentaire

 

Il est donc urgent de réinventer le modèle agricole français par une relocalisation des productions au plus près des consommateurs et l’épisode covidien est venu valider ce que disent les défenseurs d’une agriculture paysanne, et donc diversifiée, à propos de l’échec constaté d’un modèle agricole productiviste internationalisé. Ce modèle intensif, et donc non résilient en cas de crise sanitaire ou climatique, est d’ailleurs remis en cause par la demande des consommateurs sur la traçabilité et la suppression de l’usage des produits phytosanitaires sur les légumes et fruits qu’ils consomment, et contre la pulvérisation à côté de leurs habitations.

 

L’agriculture rurale d’origine doit pouvoir se relier aux villes dans un objectif commun de résilience

 

Le mouvement des maires anti-pesticides créé en 2019 et incarné par le maire de Langouët (35), Daniel Cueff, en est l’un des symboles les plus récents, mais d’autres communes pionnières comme Mouans-Sartoux (06) et Lons-Le-Saunier (39) ont une longue expérience des circuits courts en bio pour garnir l’assiette des enfants à la cantine, protéger la santé et les ressources naturelles.

Bien sûr, l’agriculture urbaine et périurbaine ne réglera pas tout. L’agriculture rurale d’origine doit pouvoir se relier aux villes dans un objectif commun de résilience, d’approvisionnement de qualité, de protection des ressources en eau potable et d’assainissement de la qualité de l’air (même si d’autres aspects sont aussi à traiter : pollutions industrielles et du trafic routier).

 

TÉMOIGNAGE
Des pistes pour développer les circuits courts
« Je conseillerais à toute collectivité souhaitant développer les circuits courts et le bio de commencer par engager un dialogue avec tous les agriculteurs de son territoire, pour éviter d’éventuelles levées de boucliers. Cette étape permet de comprendre qui ils sont, quelles sont leurs contraintes ou projets. Ensuite, une collectivité a bien sûr le levier de la restauration collective : dans le cadre de l’approvisionnement en produits, elle peut inscrire le fait de privilégier les produits bios et/ou locaux dans les cahiers des charges. De plus en plus de territoires peuvent s’appuyer sur des coopératives de producteurs bios capables de répondre à des marchés publics. Il est aussi possible de considérer l’agriculture comme une activité économique, et dans ce cas la collectivité peut aider aux investissements, par exemple pour la création d’un point de vente directe ou un magasin de producteurs. Les élus peuvent aussi favoriser l’installation d’agriculteurs en maraîchage diversifié ou de petits élevages de volailles, entre 2 et 5 hectares, en aménageant des parcelles communales en friche lorsqu’il y en a. Cela représente un investissement de départ certain pour la commune, mais des porteurs de projets en recherche de foncier, nous en connaissons plein ! »

Bénédicte Rebeyrotte, responsable développement des territoires du Groupement des agriculteurs biologiques de la région Ile-de-France

 

… combiné à un urbanisme transitoire

Sujet connexe, celui de l’urbanisme transitoire, à associer à l’urbanisme temporaire, tactique ou acupuncture urbaine, doit permettre d’outiller les urbains pour tester des solutions qui épousent les mêmes objectifs que celui de l’agriculture vers une alimentation de qualité et de proximité, avec un air respirable, un programme de santé publique qui développe des solutions de mobilités actives, des actions pour réduire le sentiment d’insécurité et retisser des liens pour développer de la mixité sociale et fonctionnelle.

 

L’idée de tester plutôt que de « décider d’en haut » revient à placer l’habitant comme expérimentateur

 

Les expressions « urbanisme transitoire » ou « urbanisme temporaire » renvoient aux pratiques d’urbanisme consistant en l’occupation passagère de lieux publics ou privés, généralement comme préalable à un aménagement pérenne (2). L’épidémie a obligé à mettre en œuvre ces dispositifs d’urbanisme et chacun a pu constater que contrairement aux idées reçues, des changements impensables pouvaient être très vite être mis en œuvre. Bien avant cette crise, l’idée de tester plutôt que de « décider d’en haut » revient à placer l’habitant comme expérimentateur. Nous sommes bien dans les objectifs de la démocratie participative. C’est aussi la possibilité d’éviter des échecs coûteux lorsque des erreurs d’aménagements sont à réparer.

Et ceux qui pensent que les citoyens n’ont pas la capacité de voir haut et loin sont dans le mépris, y compris des 149 propositions émanant de la convention citoyenne pour le climat (3).

 

TÉMOIGNAGE
Urbanisme tactique, le droit à l’erreur
« C’est le bon moment pour sortir des placards les schémas directeurs ou les projets en souffrance. On a vu la mise en application de plans prévus depuis longtemps et que l’on hésitait parfois à mettre en œuvre. La crise a rendu ces changements souhaitables et nécessaires. Reste que les collectivités ont beaucoup délégué la conception ces dernières années, pour des raisons légitimes de masse critique et de capacité à faire. Mais on ne fait pas d’urbanisme tactique* en faisant un appel d’offres : cette période est une superbe opportunité de mobiliser les compétences en interne – et elles existent – pour penser les aménagements et les mettre en œuvre. Appuyons-nous sur ce qui a déjà été fait ailleurs, ne cherchons pas forcément à innover ! Enfin, l’évaluation est un outil important de l’urbanisme tactique : c’est en quantifiant le volume sonore, la vitesse, le nombre de passages avant et après un aménagement que l’on pourra l’adapter au mieux. Ça, et observer les usages sur place, ainsi que la discussion avec toutes les parties prenantes, association de commerçants et d’usagers, passants, riverains… C’est une phase qui nécessite un temps minimum, au moins plusieurs mois, avant de procéder à des modifications. »

Sylvain Grisot, urbaniste, président de Dixit.net
*Ses analyses sur l’urbanisme tactique, sur https://dixit.net/nb/cheval-de-troie

 

 

 

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