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Les mégots (aussi) peuvent être recyclés

27/05/2020 | par Stéphane Menu | Actualités

Close up picture of cigarette butts stuck in sand on a beach. ©lienkie_Adobestock

Abdès Bengorine habite Marseille. Il est sensible à la protection de l’environnement, à la philosophie de Pierre Rabhi. Il a voulu se rendre utile. Et il a compris comment faire en ramassant des mégots sur la plage.

C’était en 2013. Sur une plage marseillaise. Abdès Bengorine venait s’y détendre comme le font des milliers de Marseillais et de touristes. « J’avais constaté qu’il y avait pas mal de mégots autour de moi. Je me suis mis à les ramasser et c’est devenu très vite hallucinant. Il y en avait partout. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, qu’on ne pouvait pas laisser autant de déchets sur la plage. Et sans être un expert, je me suis dit que ces mégots venaient de la mer ou y allaient. Deux ans après, en 2015, nous avons relancé Recyclop avec des amis, pour faire changer le comportement des fumeurs. Avec une idée simple derrière la tête : que les clopes ne finissent plus par terre… Ce n’est pas un discours moralisateur. Certains d’entre nous fument dans l’association, là n’est pas le souci, heureusement d’ailleurs. Mais l’idée est d’ancrer dans l’esprit de tous que la cigarette ne doit plus finir sur le sol ».

 

Ce n’est pas un discours moralisateur : l’idée est d’ancrer dans l’esprit de tous que la cigarette ne doit plus finir sur le sol

 

Les mégots font trop de dégâts

Recyclop est désormais bien en place sur la ville et fait parler de plus en plus d’elle. Ce fameux mégot, on le trouve partout. Sur les trottoirs, autour des lieux festifs, sur les plages, etc. En France, entre 30 et 40 milliards de mégots sont jetés au sol chaque année — un millier par seconde environ — dont plus de 40 % se retrouveraient dans la nature, indiquait le ministère de la Transition écologique en juin 2018.

 

 Un seul mégot jeté à la mer peut à lui seul polluer 500 litres d’eau

 

Or, un filtre, fabriqué en acétate de cellulose (du plastique donc) met jusqu’à 12 ans à se dégrader naturellement ; le mégot, lui, ne contient pas moins de 7 000 composants chimiques, et souvent écotoxiques. Un seul mégot jeté à la mer peut à lui seul polluer 500 litres d’eau. Cette petite association marseillaise parie sur la récupération et le stockage des mégots, dans l’attente d’une professionnalisation écoresponsable de recyclage, intégrée dans la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, votée le 18 février dernier.

 

Les mégots brûlent en usine

Mieux encore, au-delà de la collecte, l’association a très vite exploré la poste d’un possible recyclage. « Le mégot est un déchet recyclable comme un autre. Nous avons d’abord veillé aux conditions de récupération de ces mégots. Nous sommes allés sensibiliser les collégiens, dans le cadre du Plan Charlemagne mis en place par le conseil départemental des Bouches-du-Rhône (1). Nous avons disposé des cendriers ludiques dans la ville, sur la méthodologie du nudge, à travers des questions que l’on pose aux fumeurs quand ils écrasent leur cigarette chez nous ».

 

La combustion des déchets produit de l’électricité, assurant même l’autosuffisance à l’entreprise

 

« Nous organisons aussi des collectes mutualisées. Des bars, des restaurants du centre-ville récupèrent les mégots et les déposent ensuite dans un grand fût. Ils sont une trentaine mais leur chiffre ne cesse de progresser. Tous ces mégots sont ensuite dirigés vers une entreprise, installée à Rognac (13), Spur Environnement, filiale de Veolia. La combustion des déchets produit ainsi de l’électricité, assurant même en la matière l’autosuffisance à l’entreprise », explique Abdès Bengorine.

 

Professionnaliser l’association

Recyclop est donc bien parti pour durer. L’association cherche aujourd’hui à assurer sa pérennité : « La loi sur l’économie circulaire récemment votée arrive opportunément pour nous puisque les bars, restaurants, boîtes de nuit, etc., auront l’obligation de gérer leurs propres mégots ».

 

Avec la loi sur l’économie circulaire, les bars, restaurants, boîtes de nuit… auront l’obligation de gérer leurs propres mégots

 

« L’idée est de proposer de le faire à leur place, via la mise en place d’un forfait, qui permettra de professionnaliser la démarche qui repose à ce jour uniquement sur la bonne volonté bénévole. Certains établissements nous ont assuré qu’ils joueraient le jeu », conclut le président.

 

 

Note

(01)Ce plan s’étale sur dix ans (2017-2027), mobilise 2,5 Md€ et vise, aux dires du conseil départemental, à « doter les 135 collèges publics et les 51 collèges privés des moyens indispensables à la réussite et à l’avenir des jeunes provençaux ». - Retourner au texte

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