SUR LE TERRAIN

 

Coronavirus : Paroles de DGS à l’heure du confinement – jour 4

20/03/2020 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

City street with empty road ©Adobestock

La Lettre du Cadre raconte le quotidien des territoriaux à l'heure d'une gravissime crise sanitaire. 2e article au 4e jour de confinement.

Les territoriaux sont aux première loges de la gestion de la crise. Personnels confinés, urgences quotidiennes à gérer, possbilité de tomber malade… le quotidien est stressant, prenant. Certains font siennes les paroles du président et considèrent que « nous sommes en guerre ». D’autres comptent sur leur culture de la sécurité. la Lettre du Cadre est allé à leur rencontre et leur donne la parole pour qu’il racontent leur quotidien. Deuxième article, au 4e jour du confinement.

 

Lire aussi : Coronavirus, paroles de DGS – jour 2

 

Le 16 mars : « prenez vos affaires, demain, on ferme boutique »

 

 

Bruno Cassette, DGS de la MEL (Métropole européenne de Lille)

Bruno Cassette  Métropole Européeenne de Lille, Photographie Delphine Perrin 2017

« Dans cette situation exceptionnelle, nous disposons à la MEL d’un atout, celui d’avoir créé une direction de la sécurité en 2015. J’ai un passé dans la préfectorale, j’ai donc été confronté à la gestion de crise. Lorsque je suis arrivé à la MEL, Damien Castelain, son président, m’a donné le feu vert pour créer cette direction. J’avais le sentiment que les collectivités territoriales seraient de plus en plus aux avant-postes pour gérer des situations exceptionnelles, face au terrorisme, au réchauffement climatique, etc., même si la réponse à ces crises reste d’essence régalienne. Le baptême du feu de ce service a eu lieu, si j’ose dire, lors de l’Euro 2016, où nous avons affronté des orages importants lors des matchs en présence de nombreux spectateurs étrangers. Nous sommes passés du festif à l’urgence.

Sur les 3 000 agents, 500 restent réellement en activité, par télétravail ou sur le terrain

Fort de cette culture de la sécurité, nous avons recruté, il y a un an, une chargée de mission sur le Plan de continuation d’activité (PCA), que toutes les collectivités mettent en œuvre aujourd’hui. Elle facilite le travail dans la mise en œuvre de la gestion des agents.

Dès fin février, nous avons activé notre cellule de crise, coprésidée par un médecin de prévention et la DGA RH de la MEL. Notre PCA est activé depuis le 17 mars. Dès lundi 16 mars, notre Président Damien Castelain a pris la décision de renvoyer les agents chez eux, je me suis alors assuré que cette décision soit bien appliquée et rapidement. Nous avons dit à l’ensemble du personnel : « Prenez vos affaires, demain, on ferme boutique ». Difficulté supplémentaire, nous sommes en plein déménagement. Un déménagement qui continue, en respectant les consignes de sécurité les plus strictes. Mais surtout cela se fait sans agent.

Le mot d’ordre est le suivant : vous êtes mobilisable à tout instant.

Sur les 3 000 agents, 500 restent réellement en activité, par télétravail ou sur le terrain. Le mot d’ordre est le suivant : vous êtes mobilisable à tout instant. D’ailleurs, nous invitons les agents confinés à nous alerter sur des dysfonctionnements dont ils seraient témoins, de leur fenêtre où en faisant leurs courses. Des poubelles non ramassées, des défauts sur la chaussée, etc.

Nous avons mis aussi en place une cellule d’information des agents de la MEL. Les agents peuvent appeler, ne serait-ce que pour parler entre eux, s’informer de l’évolution de la situation, prendre des nouvelles des collègues. Beaucoup d’agents vivent des conditions de confinement très difficiles. On l’oublie souvent. Enfin, nous encourageons les agents à se former à distance, à travers des Mooc (Ndlr, Massive Open Online Course). La vie continue, il faut se préparer à l’après-crise ».

 

« On avance au jour le jour »

 

 

Jonathan Wagner, directeur adjoint de cabinet, Communauté d’agglomération Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart

Jonathan Wagner resized

« La priorité des priorités a été de réfléchir au maintien des services de proximité dans les 23 communes que composent notre communauté d’agglo. Dès vendredi soir 13 mars, nous avons fait parvenir un mail aux agents concernés, en mobilisant les personnels encadrants pour veiller à ce que le service ne soit pas trop dégradé.

Nous avions une cinquantaine d’ordis portables en stock que nous avons reparamétrés.

Lors d’une deuxième réunion de crise, nous nous sommes penchés sur la faisabilité du télétravail. 200 de nos 1 600 agents ont déjà l’habitude d’y recourir. Nous avions une cinquantaine d’ordis portables en stock que nous avons reparamétrés. Ce sont des bouts de ficelle mais nous faisons pour le mieux. Nous savions que l’activité allait notablement se ralentir. Le mot d’ordre, ça a été, protégez-vous. On avance au jour le jour. Nous avons eu le temps d’organiser un CHSCT exceptionnel (Ndlr, Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Pour apporter des réponses à la distribution des tickets restaurants, au nombre de tickets que les agents recevraient. Des questions ont été posées aussi sur la collecte des déchets. Enfin, nous devons sécuriser les chantiers en cours, avec des entreprises de sécurité. Nous avons organisé en interne des astreintes pour faire face à toutes les hypothèses ».

 

« Un grand bravo à tous les agents ! »

 

 

Marie-Mathilde Moenard-Buisse, Dgs à la mairie de Jouques (13)

Marie-Mathilde Moenard-Buisse resized

« Nous sommes une petite commune de 4 000 habitants. Sur nos 40 agents, 7 ne sont pas mobilisables, pour des raisons de garde d’enfant. Tous les agents jouent le jeu, je suis époustouflé par leur disponibilité. Je n’avais pas de doute, mais c’est allé au-delà de mes espérances. Les services techniques, les agents d’entretien des bâtiments, les services administratifs sont toujours sur le pont. Nous faisons des roulements, deux à trois personnes, pour venir deux à trois fois par semaine.

La trésorerie a refusé de payer un mandat au prétexte que le maire n’était plus compétent.

La vraie difficulté, c’est quand, comme chez nous, nous sommes suspendus à l’élection d’un maire qui ne sera élu qu’au mois de juin. Ça désorganise complètement le fonctionnement. L’ancien maire gère les affaires courantes mais dans quel cadre juridique. La trésorerie a refusé de payer un mandat au prétexte que le maire n’était plus compétent. Il s’agit d’un petit marché concernant l’éclairage, mais ça risque, si les choses ne sont pas clarifiées très vite, de compliquer notre tâche de proximité et surtout permettre aux petites entreprises avec lesquelles nous travaillons de faire face au contexte très particulier ».

 

 

 

 

 

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