WATT ?

 

Les bus marseillais foncent vers l’électrique

23/03/2020 | par Stéphane Menu | Actualités

bus-électrique-(credit-Regie-des-Transports-MetropolitainsDS)[1]

À partir de 2024, tous les nouveaux bus achetés par la Régie des transports métropolitains de Marseille fonctionneront à l’électricité. Objectif : une flotte entièrement électrique en 2035. Mais encore faut-il rendre le système de recharge interopérable permettant aux bus de différentes marques de se brancher à la même «  prise »…

L’électrique, c’est sympathique… mais compliqué. Comme l’explique Pierre Reboud, directeur général de la Régie des transports de Marseille (RTM), « il ne faut pas seulement acheter des bus mais aussi un système technique qui permet de faire fonctionner l’ensemble des bus ». Or, lancer dans la nature plus de 600 bus électriques réclame de fait une adaptation de l’ensemble de l’écosystème.

 

Lancer dans la nature plus de 600 bus électriques réclame de fait une adaptation de l’ensemble de l’écosystème

 

« Avant même la sortie de la loi sur la transition énergétique, nous avions entamé une réflexion sur la sortie du diesel. Nous étions parvenus à la conclusion que l’électrique était préférable au gaz, que d’autres régies de transport ont choisi, du fait de la fin annoncée des énergies fossiles. Cette décision a été prise par l’ex-métropole MPM (aujourd’hui Métropole Aix-Marseille-Provence) en 2013 pour aboutir en 2016 à la mise en service d’une ligne électrique unique (82) », précise le directeur.

 

Strasbourg a choisi son constructeur
Strasbourg est la première agglomération de France à avoir mis en service, le 24 février, les bus Aptis d’Alstom, 100 % électriques. « Deux de nos sites de production sont en Alsace. Il y a donc une logique à retrouver nos premiers bus en circulation à Strasbourg », explique au Parisien Benjamin Bailly, directeur de la plate-forme Aptis.
La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) a commandé 8 véhicules qui relieront la gare centrale et le Parlement européen. « La ligne H offre l’un des plus beaux panoramas de la ville. Nous souhaitions que nos usagers en profitent avec des bus à haut niveau de service », assure Jean-Philippe Lally, le directeur de la CTS. « Aptis a été pensé pour le confort des voyageurs en s’inspirant du tramway.
Nos bus sont très silencieux et leur architecture permet de faciliter les déplacements dans les véhicules », promet Benjamin Bailly. Les bus peuvent recevoir 95 voyageurs et disposent d’une autonomie de 250 kilomètres.

 

100 % d’achat de bus « propres » en 2025

Certains obstacles apparaissent dans la mise en œuvre de cette transition. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) publiée au Journal officiel du 18 août 2015 impose qu’à partir de 2020, 50 % des bus renouvelés dans les flottes des autorités organisatrices des transports (AOT) doivent être dits « propres », 100 % à l’horizon de 2025.

« Toutes les grandes villes sont confrontées à la complexité de faire fonctionner le système des bus électriques. Il ne s’agit pas seulement d’acheter un bus électrique et de le faire rouler. Il faut prévoir sa recharge et dans des conditions de sécurité telles qu’elles doivent reconditionner l’espace dévolu au stationnement de nos 630 bus dans nos quatre dépôts.

 

Le coût des bus électriques est 2 à 3 fois plus élevé qu’un bus classique, sur un marché pas encore stabilisé

 

La question du coût des bus électriques se pose aussi, deux à trois plus fois élevé qu’un bus classique, sur un marché qui n’est pas encore stabilisé. Autre difficulté et non des moindres : pour garder une marge de manœuvre sur l’achat de notre future flotte de bus, les systèmes de recharge des différents constructeurs n’étant pas compatibles aujourd’hui, la problématique du rechargement des bus doit être universelle.

Si nous passons d’un constructeur à un autre, on ne peut changer complètement l’écosystème global, les coûts en seraient rédhibitoires. Toutes les grosses agglomérations sont confrontées aux mêmes problèmes », indique, pédagogue, Pierre Reboud.

 

Lire aussi : Le BHNS, nouvelle coqueluche des transports publics urbains ?

 

Des constructeurs en séminaire à la RTM !

Pour relever ce défi, la RTM a trouvé la parade : « Nous avons lancé un marché dont l’objectif était de solliciter plusieurs constructeurs de bus électriques, de chargeurs électriques et de pantographes (chargeurs situés aux terminus pour réalimenter les bus en cours de journée), explique son directeur. L’idée était la suivante : constructeurs, fabricants de chargeurs, fournisseurs d’électricité doivent pouvoir se parler entre eux pour nous proposer un système interopérable. L’idée est que tous les bus de n’importe quelle marque puissent s’adapter avec les mêmes chargeurs dans un proche futur pour que nous puissions faire le choix d’acheter, dans les prochaines années, les bus électriques que nous souhaitons.

 

« Toutes ces entreprises travaillent ensemble sur le processus industriel, ce qui est unique en France »

 

Cinq constructeurs de bus ont accepté de jouer le jeu : Safra, EvoBus, Volvo, Heuliez, Irizar… Schneider Electric, ABB, Cegelec Mobility et Ercteel se rejoignent sur la partie alimentation électrique… Toutes ces entreprises travaillent ensemble, ce qui est unique en France, sur le processus industriel que je vous ai décrit. Ils sont en séminaire dans nos locaux. Tous ces acteurs, habituellement concurrents, réfléchissent ensemble tout en conservant leurs secrets de fabrication sur ce marché des bus électriques encore évolutif ».

Une manière de faire qui a suscité la curiosité d’autres régies, jusqu’à la RATP parisienne, pourtant sur le reculoir concernant l’électrique, qui s’est renseignée sur les modalités de la démarche.

 

Lire aussi : Les zones à faible émission s’étendent

 

L’hybride en attendant le tout-électrique

La RTM achètera 15 bus courant 2020, pour un coût estimé entre 12 et 15 millions d’euros, et ces derniers serviront à tester le système d’interopérabilité. Puis, de 2024 à 2035, la régie passera à l’achat de 40 bus par an pour arriver à un renouvellement complet de la flotte aux alentours de 2035.

 

Ile-de-France Mobilités a demandé à la RATP d’abaisser la part de bus électriques dans son programme de renouvellement de la flotte

 

« La mise aux normes de sécurité des 4 dépôts coûtera 100 millions d’euros. Dans cette période transitoire, nous remplacerons les plus anciens bus diesel, la durée d’un bus est de 15 ans environ, par l’achat de bus hybrides, qui polluent 10 fois moins. 79 bus hybrides seront achetés cette année », conclut le directeur.

 

La RATP plus « électrisée » par le biogaz
Le bus électrique a de moins en moins la côte auprès d’Ile-de-France Mobilités.
Le magazine spécialisé Ville, Rail et Transports (VRT) a récemment révélé que l’autorité organisatrice des transports franciliens avait demandé à la RATP d’abaisser la part de bus électriques dans son programme de renouvellement de la flotte. Et donc de mettre un frein à son plan Bus 2025 présenté il y a un peu plus de 5 ans, dans lequel la RATP prévoyait une commande XXL de 4 500 bus, dont 80 % devaient être électriques et 20 % devaient rouler au biogaz. Chemin faisant, ce ratio a évolué, l’électrique raflant les deux tiers du total, le tiers restant profitant au gaz. Comment expliquer une telle évolution stratégique ? « Les contraintes liées à l’autonomie et à la recharge mais surtout l’investissement très élevé nécessaire à l’exploitation des bus électriques, que ce soit le coût d’achat du matériel lui-même, celui des batteries ou de l’infrastructure à mettre en place (les dépôts) », explique VRT. Dans les colonnes du journal, Laurent Probst, directeur général d’IDFM, confirme : les bus à gaz « sont plus faciles à déployer et à entretenir et sont plus fiables ». Il semblerait donc que le GNV (biogaz) tienne plus la corde que l’électrique. Ce qui obligera la RATP à repenser son programme d’adaptation de ses dépôts de bus : 13 dépôts devront être convertis à l’électrique au lieu de 17 et 12 au GNV au lieu de 8.

Lire aussi : D’une certaine impuissance locale en matière de transports

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Tous les champs sont obligatoires (votre adresse e-mail ne sera pas publiée)

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>