PISTES À CREUSER

 

Triomphe capitaliste et lutte contre les inégalités

11/02/2020 | par Julien Damon | Actualités

PROSP_Lire_536

Victoire historique : le capitalisme domine le monde. Sous ses deux formes, libérale et autoritaire, il couvre la planète. Au-delà des tensions entre deux modèles, partout se posent les problèmes de richesses trop concentrées et d’élites déconnectées. D’où l’importance d’innover face aux inégalités.

Selon Branko Milanovic, les idées, valeurs et désirs que promeut le capitalisme ont globalement triomphé. L’économiste serbo-américain francophone, spécialiste des inégalités, est notamment connu pour sa fameuse courbe de l’éléphant. Celle-ci, à retrouver sur internet ou sur la couverture de son ouvrage précédent, traduit en français, décrit la croissance sur vingt ans du revenu moyen de chaque fraction des revenus mondiaux. Historiquement, la révolution industrielle avait suscité enrichissement occidental et augmentation des inégalités mondiales. La révolution digitale provoque une convergence globale avec enrichissement asiatique.

 

Lire aussi : La baisse des inégalités globales, problèmes des classes moyennes occidentales

 

Deux mondes du capitalisme

Le capitalisme contemporain se compose de deux grandes familles dont la confrontation entre les États-Unis et la Chine incarne les différences : « capitalisme libéral » méritocratique contre « capitalisme politique » autoritaire. Le premier type rassemble, selon Milanovic, les nations occidentales mais aussi l’Inde ou l’Indonésie. Le second réunit la Russie, une partie de l’Asie, le Rwanda ou encore l’Algérie, souvent des pays anciennement communistes et plus anciennement colonisés. Ces deux systèmes sont en compétition sans que l’un puisse écraser l’autre. Le capitalisme libéral fait face au populisme et à des systèmes de protection sociale qui se tendent à mesure que les populations se diversifient.

 

Ces deux systèmes sont en compétition sans que l’un puisse écraser l’autre

 

Dans le cas du capitalisme politique, dont Milanovic attribue la paternité à Deng Xiaoping, des bureaucraties souvent largement corrompues font preuve d’efficacité et d’attractivité. Le capitalisme, sous toutes ses coutures, voit un renforcement de la concentration du capital. Pour remédier aux problèmes actuels du capitalisme libéral, qui risquent de s’aggraver, le docteur Milanovic pense que les potions habituelles, notamment les transferts sociofiscaux traditionnels, sont sans effet. Pour l’avenir, il préconise des dotations en capital pour les jeunes, de l’actionnariat salarié, de l’impôt sur les successions et sur la richesse, des investissements dans le service public éducatif.

 

Lire aussi : Comprendre la société par les données

 

Mieux gérer les migrations

À l’échelle globale, il préconise de lutter contre les inégalités par des migrations mieux encadrées. Il avance ainsi la nécessité de réviser les contours et contenus de la citoyenneté, qui est prime pour les uns, pénalité pour les autres. En effet, si les inégalités internationales baissent, elles demeurent très élevées. Ce qui fait du pays de naissance d’un individu, le principal déterminant de son niveau de vie. Plus que le mérite, c’est la naissance qui détermine le revenu. Afin de traiter les sujets résolument de manière internationale, et pour dépasser ce qu’il appelle le « nationalisme méthodologique », Milanovic propose un système un peu iconoclaste. Il aspire à ce que capital et travail soient abordés de la même manière.

 

Milanovic conçoit un accès temporaire à l’entièreté des droits sociaux, mais sans accès garanti aux droits civiques

 

Mais il ne veut pas d’une liberté totale de circulation du travail. Il imagine en quelque sorte des migrations circulaires. Les habitants des pays pauvres pourraient venir travailler un temps dans les pays plus aisés puis être obligés de repartir. Milanovic conçoit un accès temporaire à l’entièreté des droits sociaux, mais sans accès garanti aux droits civiques. Il s’agit d’envisager une gradation du contenu de la citoyenneté qu’il voit comme un « actif économique ». Il s’agit surtout de permettre l’acceptation des migrations dans les pays développés.

 

Branko Milanovic, Capitalism, Alone. The Future of the System That Rules the World, Harvard University Press, 2019, 304 pages

Extraits
« Globalisation et expansion du capitalisme, accélérées par le numérique, accompagnent une baisse des inégalités entre les pays et une augmentation des inégalités au sein des pays. »
« La victoire du mode de pensée capitaliste à l’heure de la globalisation facilite la communication et rend compatibles les intérêts et les objectifs. »
« Le capitalisme global de demain ne relèvera pas du doux commerce. Il sera fait d’une hypercommercialisation et d’une atomisation de toutes les relations avec toutes les tensions que ceci suppose. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Pas de commentaire

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Tous les champs sont obligatoires (votre adresse e-mail ne sera pas publiée)

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>