L'OEIL DE L'EXPERT

 

Retraites : « Les impacts sur les économies locales sont encore difficiles à prévoir »

31/01/2020 | par Coralie Donas | Actualités

Jean-Viard

Pour conclure notre dossier sur les retraites et leurs effets sur les territoires, nous avons rencontré Jean Viard, sociologue et directeur de recherche au Cevipof-CNRS, qui nous livre son analyse.

Est-ce que la réforme des retraites pourrait avoir un impact sur les territoires ?

Aujourd’hui nous n’avons pas encore tous les éléments sur la réforme des retraites, mais la philosophie globale est plutôt d’augmenter les plus petites retraites, serrer les moyennes et sortir les plus importantes du système.

Ce qui veut dire que la réforme ne peut pas être neutre pour les territoires. Il y a des mouvements qui sont connus, les territoires situés au sud d’un axe Le Havre-Genève, dans la France plutôt ensoleillée, bénéficient de transferts importants car les retraités privilégient le soleil. Les plus aisés d’entre eux s’installent à Montpellier, sur la Côte d’Azur, à Biarritz, tandis que les moins aisés se dirigent vers Valence, Montélimar, Narbonne, Perpignan… Donc quand on distribue 300 milliards annuels et qu’on change un peu le système, il y a forcément un impact à prévoir.

 

La réforme ne peut pas être neutre pour les territoires

 

Quelles seraient les conséquences possibles ?

Il est encore difficile de faire des projections mais on peut penser que dans les territoires où vivent des retraités modestes, par exemple Narbonne, Montélimar, la réforme pourrait avoir un effet positif. Si les retraites augmentent de 5 à 10 % dans certains territoires peu peuplés, comme l’Aubrac, il y aura un effet visible. Mais l’effet sera moindre pour les retraités qui vivent à Paris par exemple, où le prix de l’immobilier régule leur niveau de revenu.

Il faut considérer aussi la question des retraites agricoles, il y a environ 440 000 fermes en France qui abritent en moyenne chacune deux personnes, cela aura aussi forcément un impact sur l’économie locale lorsqu’elles prendront leur retraite.

 

Comment les gens peuvent-ils se projeter ?

Tant que les négociations ne sont pas terminées, il est difficile de s’avancer.

Mais tout le monde a besoin de se projeter, de savoir « combien, moi, j’aurai ? ». Cela permet de mettre en place des stratégies, notamment immobilières, car l’immobilier reste la première capitalisation des Français. Or le gouvernement ne s’est pas adressé aux individus mais a mis en avant des équilibres financiers.

 

La communication s’est faite sur les gagnants de la réforme, mais s’il y a des gagnants, il y a des perdants aussi

 

La communication s’est faite sur les gagnants de la réforme, mais s’il y a des gagnants, il y a des perdants aussi. Le gouvernement aurait pu être plus clair, annoncer que les petites pensions vont augmenter et les plus importantes, diminuer. Cela aurait été un discours de progrès social. Le projet politique de la réforme était de créer un nouveau système pour rassurer les jeunes, qui ne croyaient plus à un système basé sur un modèle de revenus constants, puisqu’aujourd’hui un couple sur deux divorce, les carrières sont ponctuées de changements d’emploi… La réforme devait permettre aux jeunes d’adhérer à un projet commun mais le discours de solidarité qui aurait dû l’accompagner n’a pas été tenu.

Le projet politique de la réforme a été noyé sous la technique.

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