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PRÉCIEUX

 

Se donner vraiment du temps

14/01/2020 | par Julien Damon | Actualités

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Le temps demeure limité alors que les richesses augmentent. Ce manque de temps, universellement ressenti, affecte vie professionnelle et vie personnelle. Il ne s’agit pas de le partager arbitrairement mais de mieux l’organiser intelligemment.

Daniel S. Hamermesh, Spend Time. The Most Valuable Resource, Oxford University Press, 2019, 220 pages

 

La question de la trop grande dépendance au travail et de la difficulté à équilibrer les différents temps de la vie affecte surtout aujourd’hui les États-Unis où l’on dit, depuis Benjamin Franklin, que le temps c’est de l’argent.

 

Lire aussi : La chronite aigüe du manager territorial : quand la recherche de performance est source d’improductivité

 

La vraie ressource rare

L’économiste américain Daniel S. Hamermesh mêle toujours analyses rigoureuses, anecdotes et sourires. Dans un précédent ouvrage original, il traitait d’économie de la beauté. Soulignant que la gratitude inégale de la nature a un impact conséquent sur les performances individuelles, il montrait les impacts, positifs et négatifs, de l’apparence sur les carrières. Ici, il appelle les économistes à davantage traiter d’une des ressources les plus rares : le temps.

Dans les pays riches, le PIB par habitant progresse bien plus vite que l’espérance de vie. Parallèlement, stress et surmenage deviennent de graves problèmes de bien-être et de santé publique. Outre-Atlantique, la durée de travail hebdomadaire est passée, dans la première moitié du 20e siècle, de 60 à 40 heures. En 1980, la moyenne était à 38 heures, similaire à la situation européenne. Elle a ensuite augmenté puis a à nouveau baissé pour s’établir à 38,6 heures en 2016.

 

Une fiscalité plus réduite rend tout travail supplémentaire forcément très gagnant

 

Mais si on prend l’année tout entière, et non les seules semaines travaillées, les Américains travaillent, hebdomadairement, 34 heures, contre 28 en France (ce ne sont donc pas les 35 heures), 26 en Allemagne. Comment expliquer ces différences et cette divergence d’ailleurs croissante entre Europe et États-Unis, voire entre États-Unis d’un côté, Japon et Corée du Sud de l’autre ?

 

Lire aussi : Des leviers innovants pour concilier les temps de vie et de travail

 

Le spécialiste des temps et de la beauté estime qu’une fiscalité plus réduite rend tout travail supplémentaire forcément très gagnant. Il repère la faiblesse des syndicats, avec des taux de syndicalisation à la française mais aussi une très faible influence. Surtout, il soutient que l’absence d’un minimum légal de vacances rémunérées pénalise fortement les travailleurs américains.

 

Pour les entreprises, il s’agit d’optimiser la productivité en donnant du temps aux employés

 

Contre le workaholism

Afin de contrer les effets problématiques d’un tel investissement dans le travail, au détriment notamment des loisirs (« les choses que nous n’avons pas à faire »), ses propositions, pour les individus, consistent à mieux s’organiser pour ralentir et profiter. Lever le pied, en quelque sorte. Pour les entreprises, il s’agit d’optimiser la productivité en donnant du temps aux employés qui, de fait, en demandent. Surtout, pour les politiques, il faut investir, avec réduction des horaires d’ouverture des magasins, congés parentaux bien rémunérés, pénalisation des horaires décalés et, dans le contexte américain, création enfin de congés payés obligatoires. Et Hamermesh – peu au fait des discussions françaises – de glisser aussi qu’une meilleure répartition du travail tout au long de la vie passerait par une augmentation de l’âge de départ à la retraite à 70 ans. Bien des grains à moudre dans les moulins des politiques du temps…

 

L’auteur met en avant la nécessité de développer, au niveau fédéral, des congés parentaux rémunérés

 

Mieux concilier vie familiale et vie professionnelle

Dans son petit ouvrage de très haute tenue, Hamermesh ne manque pas de consacrer un chapitre légitime aux différences entre femmes et hommes en ce qui concerne les situations et arbitrages en termes de temps. Il envisage l’égalisation des conditions, grâce aux valeurs des nouvelles générations et aux performances des nouvelles technologies. Plus concrètement, il met donc en avant la nécessité de développer, au niveau fédéral, des congés parentaux rémunérés. À l’européenne en quelque sorte. Au-delà de ses préconisations versées au débat, Hamermesh produit avec son nouvel opus, un texte sur notre rapport au temps qui doit faire date.

 

 

Extraits
« Temps de la famille et temps du travail doivent faire meilleur ménage. »
« Comme pour les autres stupéfiants, l’addiction au travail a des effets désastreux. »
« Le temps ne se partage pas, il doit mieux s’organiser. »

 

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