L'OEIL DE L'EXPERT

 

« Le jeu coopératif n’est pas dans le répertoire culturel des organisations »

03/01/2020 | par Nicolas Braemer | Actualités

Photo JG - copie ©Lettre du cadre

Jérôme Grolleau, sociologue-consultant accompagne depuis plusieurs années le séminaire du bloc local organisé par l’Inset et le CNFPT Pays de la Loire. Pour clôre notre série d'articles sur le sujet, voici son éclairage sur le couple communes-intercommunalités.

Pourquoi coopérer devient-il une nécessité ?

L’intensification des flux et des mobilités fait fi des frontières, comme l’intrication de multiples échelles dans la conduite des politiques publiques fait fi des périmètres. L’entrée dans un monde d’interdépendance rend donc illusoire une action autonome et contre-productive la division du travail. À moi, la stratégie, à toi la proximité, à moi le long terme, à toi le quotidien, etc., ces répartitions nuisent à l’efficacité des politiques publiques et ne peuvent plus être la base à partir de laquelle on pense et agit. La coopération est donc nécessaire, car elle est la seule modalité opérationnelle qui assume pleinement cette interdépendance. Elle présuppose de reconnaître que mes ressources sont aussi chez l’autre, que ce je fais l’impacte, que mes habitants sont aussi ses usagers, que nos territoires et nos politiques publiques sont dans les faits entremêlés et que nous avons donc des enjeux communs.

 

Pourquoi cette coopération indispensable est-elle si difficile à mettre en œuvre ?

Comme dans toute période de forte mutation, les blocages comme les régressions sont tout aussi présentes que les avancées significatives. Beaucoup de territoires fonctionnent encore dans l’ignorance réciproque. D’autres en sont encore aux premiers échanges et ajustements de l’action, qui tiennent lieu de coopération, mais qui dans les faits en sont à des années-lumière. Même dans des structures plus intégrées, le projet de territoire n’est en réalité que le projet de l’interco et non un véritable projet du bloc local. Les raisons de cette difficulté sont multiples : la prégnance de la verticalisation consistant à penser que la strate du dessus est en droit d’imposer ses vues, la logique institutionnelle qui privilégie la répartition des compétences plutôt que leur mise en partage, les jeux d’acteurs et de pouvoir qui profitent de cette brèche, la difficulté à repenser la proximité dans un monde qui vient brouiller les frontières du proche et du lointain, etc.

Plus profondément, il faut prendre conscience que le jeu coopératif ne fait pas partie du répertoire culturel des organisations et qu’il vient percuter une tendance de tous les acteurs à se sentir souverain sur leur territoire.

 

Il faut envisager la voie coopérative comme un long processus d’apprentissage collectif

 

Comment s’engager alors dans la voie coopérative ?

Il faut tout d’abord l’envisager comme un long processus d’apprentissage collectif. Particulièrement intéressantes sont notamment les tentatives des DGS de se construire en collectif coopératif et en moteur de la coopération inter-territoriale. Nous sommes interdépendants ; assumons-le. Ce collectif est non-hiérarchique ; profitons-en alors pour réfléchir et délibérer entre pairs, en redonnant voix aux communes. Il n’est pas institué ; prenons l’initiative et instituons-nous en proposant une formalisation de notre mode de fonctionnement et en parvenant à nous inscrire dans le processus de décision.

En transposant à l’échelle collective le fameux binôme élu-DGS, la gouvernance technique et la gouvernance politique trouvent leur articulation. Cette clef de voûte posée, il devient alors envisageable et possible de véritablement coopérer, c’est-à-dire de co-élaborer, co-piloter et co-produire la mise en œuvre de politiques publiques autour d’un «portefeuille» de projets partagés.

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