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HOU LA GADOUE

 

La Grande-Bretagne lutte contre l’imperméabilité de ses sols

21/06/2016 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

pluie_grande_bretagne © oversnap - istock

Dans le pays où la pluie est reine, les élus se font du souci devant la répétition des inondations. Fin 2015, on dénombrait plusieurs victimes et des dégâts matériels importants dans le nord-ouest de la Grande-Bretagne. La faute à plusieurs phénomènes : du côté des campagnes, le manque d’arbres. Du côté des villes, des sols complètement imperméables.

En Grande-Bretagne, les forêts ont disparu pour laisser place aux cultures et aux pâturages, deux types de terres tassées soit par les machines agricoles, soit par les troupeaux, les rendant quasiment imperméables. Au lieu de pénétrer la terre, les eaux ruissellent et s’accumulent, provoquant ces phénomènes de crues qui font régulièrement, et de plus en plus souvent, la une des journaux.

Pour remédier à ce phénomène, plusieurs travaux de recherche sont en cours. Une étude menée dans le centre du Pays de Galle a notamment établi que le taux d’infiltration des eaux de pluie dans le sol est 67 fois supérieur sous les arbres que dans les pâturages. Autrement dit, plus on supprime les arbres, plus on risque d’être confronté à des inondations. Le gouvernement de David Cameron a donc décidé de replanter 11 millions d’arbres d’ici à cinq ans, ce qui devrait permettre de réduire la gravité des crues subies en zone rurale.

 

L’inondation, le premier risque naturel en France
• Plus de la moitié des indemnisations des catastrophes naturelles vont à des victimes d’inondations.
• Un Français sur quatre et un emploi sur trois sont en zone potentiellement exposée.
• À des degrés divers 19 000 communes sont dans des zones à risque.
• Les inondations coûtent en moyenne:entre 650 et 800 millions d’euros de dommages assurables, dont la moitié est prise en charge par le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. Le milliard d’euros annuel est de plus en plus souvent dépassé.

 

Contre le ruissellement, en ville et à la campagne

Ce reboisement limite en effet les grandes coulées d’eaux pluviales, d’une part car les feuilles retiennent une partie de l’eau qui s’évaporera avant d’atteindre le sol, d’autre part car, au niveau du sol, les feuilles mortes accumulées enrichissent en profondeur l’humus. Combinés au sillonnement des racines qui interceptent le ruissellement, ces mécanismes captent une partie de l’eau et évitent, dans une certaine mesure évidemment, des inondations catastrophiques.

Le reboisement a également un effet domino sur les zones urbaines.

Car dans les villes, où le sol est couvert de routes et d’immeubles imperméables, les eaux de pluie sont orientées vers des gouttières et des canalisations. Mais lorsque l’afflux est trop important, les inondations se produisent. Reverdir les centres-villes semble donc inéluctable. D’ailleurs, tant aux États-Unis qu’en France (à Courbevoie par exemple), des expériences sont menées : les trottoirs ne sont bitumés que sur une partie de la surface, l’autre étant composée de terre, d’arbustes et d’arbres pour permettre un meilleur écoulement. Cependant, la modélisation par ordinateur des courants d’eau en ville indique que, pour 1 % de sol imperméable reboisé, les eaux de ruissellement ne seraient réduites que de moins de 0,5 %.

 

En France, clarification sur l’entretien des digues
Face à la multiplication des ruptures de digues, le législateur s’est penché sur la question de l’entretien de ces infrastructures. Il existe environ 9 000 km de digues protectrices en France, qui appartiennent soit à l’État, soit à des collectivités ou encore à des propriétaires privés. Mais pour 3 600 km d’entre elles, aucun gestionnaire direct n’est même connu.

La loi Maptam, en vigueur depuis janvier 2014, a donc clarifié la situation en donnant une nouvelle compétence aux communes : c’est à elles d’assurer l’entretien des digues à partir de janvier 2018. Cette compétence appelée Gemapi (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) permet aux communes d’instituer une taxe plafonnée à 40 euros par habitant et par an.

Elles pourront toutefois transférer cette compétence à l’échelon intercommunal, ou bien à des syndicats mixtes qui deviendront alors des Epage (établissements publics d’aménagement et de gestion de l’eau). Les Epage seront coordonnés par les EPTB (établissements publics territoriaux de bassin), qui verront ainsi leur rôle renforcé.

Lire aussi : Milieux aquatiques : une compétence qui craint

 

Drainage urbain durable

Des recherches menées à Manchester semblent pourtant montrer que les arbres plantés dans les rues ont un impact non négligeable car cela permet aux eaux de pluie de s’écouler au niveau du trou de plantation. Un procédé appelé « Sustainable urban drainage system » (réseau de drainage urbain durable) est également à l’étude, pour renforcer son efficacité : les précipitations sont détournées vers des baissières, des creux et des puisards.

Planter des arbres en milieu urbain a de toute façon d’autres vertus : celles de mieux respirer, d’aérer la ville par son agencement. Mais pour s’assurer une meilleure efficacité en cas d’inondation, il est important non seulement d’agir au niveau de la zone urbaine, mais aussi dans les environs, en campagne.

 

Au Sénat, on promeut la culture du risque
En juin 2015, les sénateurs François Calvet et Christian Manable ont rendu leur rapport intitulé « Xynthia, 5 ans après : pour une véritable culture du risque dans les territoires », issu de la mission d’information chargée de s’interroger sur l’ensemble des circonstances susceptibles d’expliquer l’ampleur des conséquences de la catastrophe. Bonne nouvelle : une stratégie nationale de prévention des risques d’inondation est en train de voir le jour dans notre pays. Mais tout n’est pas encore fait pour s’assurer d’éviter une nouvelle catastrophe.

Pour qu’une véritable « culture du risque » voie le jour, les rapporteurs ont formulé 10 recommandations :
• Appeler les collectivités territoriales à déployer le plus rapidement possible les repères de crue.
• Engager une concertation entre les collectivités territoriales, l’État et les assureurs pour créer un système d’indemnisation des catastrophes naturelles plus responsabilisant pour les populations (malus ou indemnisation dégressive en cas d’absence d’efforts de prévention).
• Développer la sensibilisation du public à la prévention des risques d’inondation et de submersion en expliquant aux populations exposées les comportements à adopter en cas de survenance de ces événements, avec un effort particulier auprès des jeunes publics, grâce au soutien de l’Éducation nationale.
• Garantir des moyens financiers et humains suffisants dans les préfectures afin d’assurer une aide technique aux collectivités territoriales en matière de prévention des risques naturels.
• Prévoir une information systématique du conseil municipal par le maire en début de mandat sur les risques naturels encourus par la commune.
• Engager d’urgence un travail de simplification associant les services de l’État et les associations d’élus afin de rendre plus lisible l’articulation des outils relatifs aux risques.
• Prévoir l’obligation pour les communes de réviser leurs documents d’urbanisme en cas d’approbation, de mise en application anticipée ou de modification d’un plan de prévention des risques.
• Sécuriser les élus locaux en assurant la présence d’effectifs suffisants dans les préfectures afin de garantir un contrôle de légalité extensif et de qualité sur les actes d’urbanisme.
• Désigner dans les services du parquet des substituts du procureur de la République spécialisés dans le contentieux des actes d’urbanisme, compétents en particulier en matière de construction illégale.
• Soutenir le déploiement sur l’ensemble du territoire du nouveau système d’alerte fondé sur le SMS « selfbroadcasting », permettant une alerte rapide de la population, même en cas de fonctionnement dégradé des réseaux.

https ://www.senat.fr/notice-rapport/2014/r14-536-notice.html

 

 

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